22 janvier 2008
Africamania, événement à la cinémathèque française.
En ce moment et jusqu’au 29
février se tient à la cinémathèque française la rétrospective Africamania, occasion
de découvrir ou redécouvrir cinquante années de cinéma africain depuis la
«décolonisation» jusqu’à nos jours. En ces temps où la médiocrité
du cinéma français est devenu un pléonasme, il serait bon de regarder ailleurs
quand une rare opportunité se présente, simplement de quoi nous rappeler que
l’occident n’est pas le monde, artistiquement parlant encore moins.
Bien qu’étouffés par les appétits
hégémoniques de la pensée atlantiste, milieu cinématographique compris, les donataires
du marronnage gardent espoir et se battent pour la fierté du monde panafricain.
Africamania, du septième art non aseptisé au rendez-vous.
11 janvier 2008
Nouvelle vague et lame de fond.
Nouvelle vague, Françoise Giroud révèle le
terme pour la première fois dans le journal l’Express, voilà un demi-siècle.
La
suite on la connaît, alors trêve de parlotes, de poncifs et de boniments, place
à présent au discrédit.
Si le décorum intellectuel français veuille
de bon gré permettre quelconque critique, ce qui n’est pas acquis, alors il
serait bon de remettre en cause ce qui est regrettablement devenu un fardeau
patrimonial, frein à toute évolution cinématographique hexagonale. L’objection
ne se situe aucunement sur l’initiative d’un tel mouvement, bien évidemment,
mais comme souvent dans toute révolution énoncée, l’insanité fléchit sur la
tournure des événements résultant ainsi un dénouement non escompté. Par exemple
récemment, la démarche dogmatique plus qu’honorable de Lars von Trier ne l’a
pas empêché d’aboutir à son film Dogville, insulte abjecte envers le cinéma.
Bien que la nouvelle vague ait été grandement
bénéfique à l’époque d’un point de vue international, on ne peut en dire autant
de ses conséquences sur le cinéma français, ou du moins portée bénéfique seulement
à court terme et répercussions funestes jusqu’à maintenant. Car cinquante ans
après, qu’en reste-t-il au juste ? Hormis une kyrielle d’oeuvres insupportablement
indigestes, égocentriques, et aujourd’hui des rues ou des écoles
portant le nom de ces réalisateurs, malheureusement pas grand-chose. A noter
toutefois, pour dissiper la noirceur des propos, que la qualité pointe parfois le bout de son nez et d’aucuns même, tirent leurs épingles du jeu, que ce soit un
Eustache, un Resnais ou un Chabrol, pour ne citer qu’eux. Mais, et ce mais est
capital, dans les écoles de cinéma ou ailleurs, lorsque l’on présente ardemment
à des élèves un Truffaut ou un Godard comme étant hautement représentatif du
cinéma français, attitude d’autant plus inexcusable qu’elle s’opère au
détriment d’autres réalisateurs de cette période ô combien plus essentiels,
Maurice Pialat, Gérard Blain et autres cinéastes peut-être moins intelligibles
s’en retrouvant donc presque occultés, qu’on ne dise pas ensuite que les
difficultés scénaristiques que connaît notre cinéma à l’heure actuelle sont
seulement d’ordre statutaire et financier ; qu’on se le dise, la nouvelle
vague assomme encore aujourd’hui l’écriture française. Beaucoup de cette fine
équipe, pour aller plus loin, sont même plus des théoriciens que des cinéastes,
il suffit de constater le fossé entre ce qui est proposé dans le Hitchbook,
passionnant livre entretien Hitchcock-Truffaut, et la piètre valeur fréquemment
constatée des films de ce dernier.
La
nouvelle vague, volontiers, avec modération.

Maman, c'est quoi la Nouvelle vague?
24 décembre 2007
Toshiro Mifune, Toshiro-sama, Hommage...
D’après une anecdote rapportée par Taniguchi, ce dernier était à
bord d’un train, sur la ligne Odakyu, avec le producteur Sanezumi Fujimoto, de
la Toho. A ce moment-là, Taniguchi travaillait justement sur son premier film.
Et il recherchait un acteur pour « Au-delà du col enneigé ». Il a
expliqué qu’il cherchait un homme costaud, au torse bien développé, apte à
faire de l’alpinisme. Il était entrain d’expliquer ça à bord du train. Puis en se
tournant vers une fenêtre, il a vu un homme revêtu d’un uniforme de soldat, à
l’air sombre, et costaud d’apparence. A bord du même train, donc. Il a
dit : « ce genre d’homme par exemple, conviendrait bien au
personnage », Fujimoto a regardé et a répondu : « c’est un de
nos employés ». Le lendemain, Taniguchi est allé trouver mon père pour lui
proposer de jouer dans son film. Mon père a répondu : « je suis
peut-être votre homme, mais je ne veux pas vivre de mon visage ». Il a
donc décliné l’offre. Taniguchi lui a dit : « est-ce que tu vas
toujours porter ce piteux uniforme de soldat ? ». « Je n’ai que
ça », a répondu mon père. « Si tu joues dans mon film, je te ferai
faire un costume tout neuf chez le tailleur », a dit Senkichi Taniguchi.
Mon père a dit : « c’est vrai ? ». « Alors j’accepte ».
C’est ainsi que ça s’est décidé. Shiro Mifune à propos de son père.
Ainsi devait naître la
légende Toshiro Mifune, acteur mythique inscrit à jamais au panthéon des plus
grands. Il y a dix
années de cela, le 24 décembre 1997, le loup quittait ces terres. Hommage...
Toshiro Mifune, l'ange ivre (Yoidore Tenshi) 1948.
18 décembre 2007
L'échec Grindhouse ou "A Band Apart"
Le 6 décembre sortait en
France la version DVD de Death Proof, réalisé par Quentin Tarantino et première
partie du diptyque Grindhouse, le second film, Planet Terror, étant dirigé par
son confrère Robert Rodriguez. Sur le papier donc, hommage en grande pompe aux
films d’exploitation, ces films de genre se situant en porte-à-faux du paysage cinématographique
et jouissifs objets de mépris envers la bienséance régnante. Un point positif
de prime abord à concéder à ce projet est la publicité inespérée qu’il aura
fait à ce contre-courant, contre-courant étiqueté pas seulement de pittoresque
mais, au grand dam d’une certaine intelligentsia, non répudiable puisque
faisant à présent partie intégrante de l’histoire du cinéma. En vrac, ce sont autant
de productions de Blaxploitation, Sexploitation, Slasher-movies, films de
courses-poursuites ou de zombie, sans oublier les Midnight Movies, et bien
d’autres sous-genres au nom évocateur. Ce pan du patrimoine culturel américain
qui a bercé toute une jeunesse, Tarantino depuis ces débuts ne cesse de
l’évoquer et l’invoquer, et ce qui pouvait autrefois passer pour un tribut honorable
envers ce qui a forgé sa culture filmique passerait presque aujourd’hui pour
une nostalgie pathologique, quasiment pernicieuse.
Une fois outrepassées les
questions sur la légitimité d’un tel concept, on peut uniquement en constater
le loupé et le décalage malencontreux entre l’attente suscitée et le résultat.
Avec Death Proof, le réalisateur trouve les bons ingrédients mais la soupe a un
goût amer, les codes du genre sont amalgamés dans ce qu’il reste du style
Tarantino, difficilement supportable, et on en viendrait à croire que sa plus
belle réussite était définitivement Reservoir Dogs. Planet Terror serait
peut-être celui qui dans l’histoire s’en sort le mieux, et bien que Rodriguez
prenne parti pour la facilité en traitant le style avec moult gausserie et
dérision, son film se rapproche cependant du concept initial de Grindhouse,
c'est-à-dire clairement de l’Entertainement, mais cela s'arrête là. Dès lors les questions se posent
sur ces réalisateurs d’une nouvelle ère, j’ai nommé Quentin Tarantino, Robert Rodriguez,
Eli Roth et consorts.
Jean Baudrillard écrira que Leone,
était le « premier cinéaste postmoderne », entendons par là qu’il
faisait des films sur des films. Mais ce dit Sergio Leone, référence justifiée de
Tarantino, ne s’enfermait pas dans le bête plagiat de bas étage (malgré les
ennuis qu’il eût avec Kurosawa), sa compréhension des phénomènes régissant les
genres lui permettait de renouveler, réinventer les codes dont sa culture fut
pétrie. Tarantino, cinéaste post-pubère, ne dépasse malencontreusement jamais
l’œuvre de ses maîtres, et veut de surcroît faire passer sa contre-culture pour
de la culture, multipliant dans ses films des clins d’œil qui virent de plus en
plus à la grimace exaspérante. Force est de constater que cette attitude
fonctionne, car le plus inquiétant dans cette fâcheuse histoire est le fait que
Tarantino et sa clique, nouvelles idoles des jeunes, possèdent le statut
d’intouchables au regard d’une certaine presse, sous prétexte que leur « immense »
culture cinématographique impose irréfutablement un respect dévoué. Les autres
réalisateurs seraient ignorants? Incontestablement il n’a sûrement jamais
existé de cinéaste candide et désintéressé par l’histoire du cinéma, par les
décennies de pellicules qui nous précèdent, mais ceux là ne font pas dans
l’exhibition vulgaire de leur paquetage culturel. Et que dire lorsque les réalisateurs de demain, pour qui tarantino et les autres seront des référents bien mal à propos, produiront des films sur des films sur des films...
On s’aviserait alors craintivement
que ces personnes demeurent toute leur vie des élèves étourdis, occultés constamment derrière
l’éminence de leurs maîtres.
Le trio gagnant?


