Gazette du cinéma

Gazette cinéma. Billets d'humeur sur ceci ou bien cela, et qui n'engagent que moi évidemment.

18 décembre 2007

L'échec Grindhouse ou "A Band Apart"

Le 6 décembre sortait en France la version DVD de Death Proof, réalisé par Quentin Tarantino et première partie du diptyque Grindhouse, le second film, Planet Terror, étant dirigé par son confrère Robert Rodriguez. Sur le papier donc, hommage en grande pompe aux films d’exploitation, ces films de genre se situant en porte-à-faux du paysage cinématographique et jouissifs objets de mépris envers la bienséance régnante. Un point positif de prime abord à concéder à ce projet est la publicité inespérée qu’il aura fait à ce contre-courant, contre-courant étiqueté pas seulement de pittoresque mais, au grand dam d’une certaine intelligentsia, non répudiable puisque faisant à présent partie intégrante de l’histoire du cinéma. En vrac, ce sont autant de productions de Blaxploitation, Sexploitation, Slasher-movies, films de courses-poursuites ou de zombie, sans oublier les Midnight Movies, et bien d’autres sous-genres au nom évocateur. Ce pan du patrimoine culturel américain qui a bercé toute une jeunesse, Tarantino depuis ces débuts ne cesse de l’évoquer et l’invoquer, et ce qui pouvait autrefois passer pour un tribut honorable envers ce qui a forgé sa culture filmique passerait presque aujourd’hui pour une nostalgie pathologique, quasiment pernicieuse.
    Une fois outrepassées les questions sur la légitimité d’un tel concept, on peut uniquement en constater le loupé et le décalage malencontreux entre l’attente suscitée et le résultat. Avec Death Proof, le réalisateur trouve les bons ingrédients mais la soupe a un goût amer, les codes du genre sont amalgamés dans ce qu’il reste du style Tarantino, difficilement supportable, et on en viendrait à croire que sa plus belle réussite était définitivement Reservoir Dogs. Planet Terror serait peut-être celui qui dans l’histoire s’en sort le mieux, et bien que Rodriguez prenne parti pour la facilité en traitant le style avec moult gausserie et dérision, son film se rapproche cependant du concept initial de Grindhouse, c'est-à-dire clairement de l’Entertainement, mais cela s'arrête là. Dès lors les questions se posent sur ces réalisateurs d’une nouvelle ère, j’ai nommé Quentin Tarantino, Robert Rodriguez, Eli Roth et consorts.
    Jean Baudrillard écrira que Leone, était le « premier cinéaste postmoderne », entendons par là qu’il faisait des films sur des films. Mais ce dit Sergio Leone, référence justifiée de Tarantino, ne s’enfermait pas dans le bête plagiat de bas étage (malgré les ennuis qu’il eût avec Kurosawa), sa compréhension des phénomènes régissant les genres lui permettait de renouveler, réinventer les codes dont sa culture fut pétrie. Tarantino, cinéaste post-pubère, ne dépasse malencontreusement jamais l’œuvre de ses maîtres, et veut de surcroît faire passer sa contre-culture pour de la culture, multipliant dans ses films des clins d’œil qui virent de plus en plus à la grimace exaspérante. Force est de constater que cette attitude fonctionne, car le plus inquiétant dans cette fâcheuse histoire est le fait que Tarantino et sa clique, nouvelles idoles des jeunes, possèdent le statut d’intouchables au regard d’une certaine presse, sous prétexte que leur « immense » culture cinématographique impose irréfutablement un respect dévoué. Les autres réalisateurs seraient ignorants? Incontestablement il n’a sûrement jamais existé de cinéaste candide et désintéressé par l’histoire du cinéma, par les décennies de pellicules qui nous précèdent, mais ceux là ne font pas dans l’exhibition vulgaire de leur paquetage culturel. Et que dire lorsque les réalisateurs de demain, pour qui tarantino et les autres seront des référents bien mal à propos, produiront des films sur des films sur des films...
    On s’aviserait alors craintivement que ces personnes demeurent toute leur vie des élèves étourdis, occultés constamment derrière l’éminence de leurs maîtres.


le_trio_gagnant

                Le trio gagnant?

Posté par rhumone à 20:27 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Putain,on me voit pas ... je suis encore caché derriere !

Posté par B51, 27 octobre 2008 à 11:06

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